y'a plus d'enfants

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

Mieux que de supprimer le poste de Défenseur des Enfants : supprimons les enfants!
enfants

       D'aucuns rétrogrades désespérément obtus au progrès réactionnaire et à l'effort contre-réformateur courageusement engagé depuis plus de quatre ans dans la patrie des Droits de l'Homme, glapissent contre la disparition du Défenseur des Enfants. C'est que ces ronchons antiques ne vivent pas dans nos sociétés de la décadence postmoderne, mais dans une époque bien révolue où l'on voyait encore les bambins naïfs babiller et jouer à de petits jeux innocents au pied de leur maman ravie sur un banc du square. Quelquefois, un joli mot d'enfant s'échappait de la bouche ingénue des marmots et l'on en faisait une chanson populaire. Les adultes se devaient de protéger ces fragiles têtes blondes, obéissantes et dociles. Et si quelquefois s'échappait des larges mains parentales une bonne paire de taloches, c'était toujours au profit de l'éducation.

       Aujourd'hui, c'est plus pareil. Tout à changé et force est de constater en rasant les murs des cités où s'ébattent des volées de petits sauvages organisés en bandes rivales de trafiquants surarmés, qu'il n'y a plus d'enfants. Aussi, la disparition du Défenseur des Enfants paraît-elle tout aussi fondée que celle des professeurs des écoles. Aujourd'hui, il n'y a plus d'enfants mais il y a des mineurs.

   Le mineur est un individu aussi pauvre en nombre d'années que riche en potentialités dévastatrices et malfaisantes. Il ne s'agit donc pas de le préserver des dangers qui pourraient le menacer, ni de l'aider à développer son intelligence et sa créativité, ni même de lui donner la sécurité et l'affection indispensables à son épanouissement, ainsi que l'ont bêtement bêlé nombre de nouveaux pédagogues et autres brebis égarées dans l'angélisme gauchisant heureusement en voie d'éradication. Un mineur, ça se dépiste, ça se fiche, ça se dresse, ça se sanctionne et ça se rééduque.

      Dès ses premières années, le mineur doit faire l'objet d'une observation minutieuse afin de repérer tout écart à la norme comportementale établie sur une base statistique universelle. Les futurs délinquants sont ainsi étouffés dans l'œuf pour le bien de tous. Un fichage soigneusement établi permet le suivi individualisé du mineur en pleine croissance dont les difficultés familiales et orthographiques doivent être dépistées, stipulées et enregistrées. Lorsque, malgré toutes ces précautions sociales, un mineur s'obstine à commettre un acte de délinquance, il doit être sévèrement châtié et prestement rééduqué en vue de sa prompte réinsertion dans l'économie nationale. Quant aux mineurs étrangers, il est évident qu'ils n'ont rien à faire chez nous.

        Les parents dépassés, qui ont benoitement rêvé d'un enfant-modèle et se retrouvent avec un mineur absentéiste sur les bras, doivent retrouver leur autorité, sous contrainte si nécessaire. Pour les y aider, rien de plus simple que de prescrire et administrer des molécules bien conçues afin de remettre en conformité le cerveau déviant du mineur problématique.

      On voit par là ce que la société gagne à se débarrasser de ses enfants pour mieux gérer ses mineurs et combien la suppression du Défenseur des Enfants n'a vraiment rien d'une décision politique.

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