y'a plus d'adultes

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

young      Ah, les beaux jours! Bientôt sonnera la cloche de la grande récré estivale qui jettera sur les plages, dans un cri de joie, des troupeaux d'urbains en short, lessivés par l'accordéonesque trafic sur les autoroutes à l'asphalte mollissant, mais enfin libres pour quinze jours. Ah, le sable toujours fin! Les beignets qui poissent et les glaces à l'italienne! La mer où l'homme en maillot coloré retrouve dans l'eau salée la primitive tiédeur du flanc maternel! Bienheureuse régression. Car, s'il n'y a plus d'enfants, il subsiste pourtant en chacun de nous un je ne sais quoi de gaminerie, une âme de gosse qu'il s'agit de protéger, de dorloter, de cajoler comme un trésor bien à soi.

      Cet enfant éternel, qui sommeille même chez le plus coriace des vieillards, n'intéresse pas seulement les vendeurs d'eau en bouteille. Tout pousse aujourd'hui l'adulte à retrouver les joies égoïstes d'une enfance qu'il croyait à tort perdue. Abandonnées les ennuyeuses pages du journal du soir : papa, pour se délasser, s'amuse avec sa console ; facile! il lui suffit de mimer dans l'air les gestes du pianiste pour jouer comme Horowitz. Finies les trop sérieuses tenues qui font dame : maman s'habille dans les mêmes magasins que sa fille, où elle se rend en patinette. Terminées les pesantes et complexes discussions politiques : on s'ébaudit des petites phrases simples et assassines comme autrefois des vannes dans la cour de récréation.

       De nos jours, il n'y a plus d'adultes mais des gamins de longue durée. Pas question de louer un appartement sans garantie à ces locataires immatures : alors, on voit des couples de salariés quadragénaires, penauds, quémander la bienveillante tutelle d'un plus riche qu'eux comme des pré-ados implorant la permission de minuit. Les patrons n'emploient que des galopins auxquels ils doivent fixer des objectifs, et qu'ils leur faut à tout instant surveiller, évaluer, pour les récompenser parfois et les sanctionner souvent. Les pouvoirs publics n'en peuvent plus d'éduquer ces populations infantiles à grands coups d'actions pédagogiques autant que policières : fais pas ci, fais pas ça, c'est pour ton bien. 

      Heureusement, il reste encore quelques adultes qui ne perdent pas leur temps à des jeux puérils mais s'occupent à notre place des choses sérieuses. Dans les hautes sphères des conseils d'administration, à la tête des banques internationales, dans les sommets économiques mondiaux, se réunissent la poignée de responsables sur lesquels repose l'avenir des peuples infantilisés.

       Quelquefois, l'un de ces demi-dieux tombe de l'empyrée. De cette faramineuse chute, les mortels à l'esprit toujours jeune font des blagues Carambar.


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