vendeurs à la sauvette sur la sellette des députés

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

        Un amendement UMP vise à sanctionner les vendeurs à la sauvette, passibles désormais de six mois d'emprisonnement et de 3750 euros d'amende.

Le vendeur à la sauvette, ce marchand volage qui pose sur le bitume un alignement de bimbeloterie tapageuse, ce camelot évanescent qui remballe et s’envole dès que se dessine le bout de l’ombre d’un condé, ce vendeur volatil et urbain comme les pigeons qu’il attire : il a beau se dissimuler, l’Assemblée Nationale le voit.

 

Joie des touristes, s’extasiant de mini tours Eiffel en toc au pied de la grande qu’ils ne regardent pas puisque, grâce au vendeur à la sauvette, ils mettent Paris dans leur poche et l’emportent au Texas. Soulagement des quinquagénaires auxquels le vendeur à la sauvette offre, contre quelques piécettes, la Rolex qui leur fait défaut pour contrefaire la vie réussie devant une belle ; et les Ray ban assorties sont cadeau. Gratitude de l’étourdie, qui prendrait toute l’eau du ciel sur le brushing et le rhume avec, si le vendeur à la sauvette ne lui tendait en souriant le pépin salutaire. Pauvres truffes ! Emotions naïves des victimes inconscientes de ces voleurs non patentés. Heureusement, l’Assemblée Nationale veille et nos élus travaillent à adopter les amendements indispensables à la mise au pas du pays.

Comme les gamins qui hantent les rues la nuit et leurs parents incapables de les envoyer se coucher, il n’échappera pas, le vendeur à la sauvette, à la sévérité des députés de la République : « six mois d'emprisonnement et 3 750 euros d'amende, peines aggravées lorsque le délit est commis en bande organisée ou de manière agressive ». Au palais Bourbon, on défend aussi les bienséances : humble et poli, le vendeur à la sauvette n’écopera que d’une demi année de taule et d’une grosse amende. S’il a des papiers.

Mais inutile d’appeler l’attention sur l’origine géographique ou la couleur de peau de ce dangereux hors-la-loi, ni d’insinuer que, décidément, ça tombe un peu toujours sur les mêmes : ces considérations n’ont rien à voir avec le délit, s’écrieraient les anti-antiracistes qui font florès chez les braves gens décomplexés, quoique…

En défendant le vendeur à la sauvette, nous expliquerait un Zemmour, nous encourageons l’économie parallèle, les trafics en tous genres, les filières clandestines, l’exploitation des immigrés, le travail des enfants, l’esclavage et toute la misère du monde. A quoi l’on voit qu’on ignore trop souvent ce que l’on fait et que les commentateurs officiels sont d’utilité publique.

Et l’ordre régnera enfin dans l’ennui profond de la vie parisienne débarrassée des bouquetiers de rues et bonisseurs sauvages, quand les représentants du peuple auront mis tout le petit peuple à l’amende, à coups d’amendements votés à la sauvette.

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