Tu t'es vu sans tribu?

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

tribu

Tu cours vite, tu nages loin, tu sautes haut et tu vises juste. Mais sans tribu, tu vaux pas tripette.

(article paru dans Zélium n°11, septembre-octobre 2012)

On admirait la puissance musculaire extraordinaire. On magnifiait l'adresse, l'habileté hors pair. C'était le fruit d'un training extrême, supposait-on. On louchait sur le contenu du maillot. On croyait à l'élection divine, au don, à l'horoscope. Et les zoïles supputaient le dopage. Mais on n'avait rien compris : ce qui fait l'ultra-force du champion olympique, son truc à lui qui fait crac boum hue, c'est pas les biscotos, c'est pas la gonflette, c'est pas l'organe, c'est la tribu.

 

Aujourd'hui, on n'est rien sans un clan, une famille, des sosses et toute une horde de frérots et de sœurettes, les potes du club de Trifouillis, les cousins à la mode de Bretagne, les oncles d'Amérique et les tatas des îles.

 

Parce qu'un champion, c'est d'abord de l'ADN de compet' et un bon dressage. Cette maman de héros, les yeux brillants de larmes, est si photogénique au vingt heures! Sur le torse athlétique de son chiard de deux mètres, pendouille la breloque qui brille. Tandis que le bestiaux primé bêle l'hymne patriotique une main sur le cœur (mais sans cacher le logo du sponsor), l'heureuse génitrice bafouille sa recette favorite de purée-jambon en direct, sous le regard envieux de la ménagère de moins de cinquante ans au gamin chômeur.

Ce père admirable n'a pas hésité à pousser son marmot encore en couche-culotte sur le tatamis ou dans la piscine, d'un bon coup de latte où il faut et plus vite que ça s'il-te-plait je suis sûr que tu vas y arriver sinon t'auras rien à bouffer. Et quand frangin et frangine se retrouvent enlacés au sommet de la gloire, l'émotion est à son comble. Alors le journaliste à l'orgasme multiplié devant tant de performance, suggère au glorieux géniteur de congeler son sperme. Tant pis si la petite famille n'a pas vu son rejeton depuis six mois pour cause d'entraînement sous très haute surveillance, l'important c'est la photo.

 

Mais il ne suffit pas de sortir des couilles d'un champion raté ou hasbeen, et de reprendre du hachis de maman enrichi à l'EPO avant deux séries de pompes pour devenir un dieu du stade. Il faut aussi un coach au pouvoir absolu, qui manie l'esclandre médiatique comme il engrange les millions, et des bons copains pas rancuniers. Ça en fait des poutous à claquer le jour J! Le quart du stade à serrer dans ses bras sous l'œil humide des caméras. C'est tellement frais, la camaraderie : tous pour un!

 

Alors, si t'as pas de smala, pas d'arbre généalogique centenaire, si t'es sans lignage et qu'un sang ordinaire coule dans tes veines, si t'as pas un troupeau de potes qui croient en toi depuis que t'es tout p'tit, si t'es seul et sans amis, inutile d'envoyer ton CV : t'es qu'un raté, mec!

 

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