train de vie, le nouveau show duraille

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

         Le public frivole ne goûte plus la farce. Rideau. Vite, il faut refaire l'affiche. Par missive présidentielle, le grand bateleur ordonne le nouveau décor. Nouvelle parade, mesdames et messieurs!

Le parterre grogne ; les loges s’indignent. Des fruits trop mûrs, des œufs pourris fusent puis s’écrasent sur les revers en soie des vestons luisants. Ça siffle, ça ricane. Sous les projecteurs, les comédiens défraîchis gardent un sourire figé, malgré les huées. Ils tiennent bon, ce sont des pros. Public ingrat. Ils leur en ont donné, pourtant, de l’esbroufe médiatique, des yachts flamboyants et des lunettes fumées, des week-ends aux pyramides, des jets privés et des berlines avec escorte, des petits fours comme s’il en pleuvait, des Johnny Halliday et des hôtels de luxe. Qu’est-ce qu’ils n’ont pas fait pour leur en mettre plein la vue ?

Mais le public frivole ne goûte plus la farce. Rideau. Vite, il faut refaire l’affiche. Par missive présidentielle, le grand bateleur ordonne le nouveau décor. Nouvelle parade, messieurs et mesdames, le bling-bling a vécu, vive la grande austérité et sa débauche de sacrifices et d’abnégations. Venez applaudir la réduction du train de vie de l’Etat ! Vous admirerez l’exemplarité de ces ministres intègres aux montres de pacotille. Mornes mais droits, ils regardent défiler les champs de betteraves par la fenêtre du Corail, tandis que leur dernier énarque, triomphant, rapporte du wagon-bar deux sandwichs ramollis dans la cellophane transparente. Vous pleurerez au spectacle pathétique de ces secrétaires d’état exhumant, non sans dignité, quelques piécettes du fond de leur poche pour se payer, c’est humain, un peu de tabac qui réchauffe le cœur. Vous tremblerez à l’holocauste expiatoire des cumuls de retraites et d’indemnités. Vous serez édifié par le dévouement de ces chargés de mission se tuant au travail pour des prunes et la grandeur de la France. Vous serez ébloui par la noblesse de la Présidente. Vêtue d’une antique robe de la saison dernière, qu’elle porte encore très bien, la première dame pousse un caddie entre les rayons du supermarché : elle attend du monde, ce soir. C’est le 14 juillet. La pluie tombe doucement sur les jardins déserts de l’Elysée. Après le défilé, le couple présidentiel a réuni quelques dictateurs d’Afrique autour de la table de la cuisine. Madame sert la salade. Aujourd’hui, on mangera froid pour économiser le gaz de ville. Tu n’as pas oublié d’éteindre dans le couloir, chouchou ?

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