sus à l'anti-souche

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

bucheron

      Souche. Voilà un mot bien de chez nous qui, tel un gland, descend directement du chêne, sans malsaine hybridation ni naturalisation douteuse. Un mot qui fleure bon son authentique gaulois, autant couillu que moustachu. Un mot aux consonances sifflantes et chuintantes agréables à l'oreille comme au palais. On comprend que certains en aient plein la bouche, de leur souche.

      Quoi! Alors qu'on ne sait déjà plus ce qu'on a fait la semaine dernière, il faudrait encore oublier l'antique copulation primitive, les accouplements sacrés des ancêtres, qui, de génération en génération, nous ont transmis depuis la nuit des temps toute la pureté de la race aux fesses roses et aux pieds plats? Quoi! Alors que des hordes aussi barbares que basanées envahissent la glorieuse patrie au coq de leur progéniture pullulante d'allocataires fraudeurs, il faudrait se taire et rester immobiles comme... des souches! Que nenni et qu'un sang impur abreuve nos sillons.

      Car les enflés de la souche sont en guerre, ce sont des résistants, des croisés, des Vercingétorix de la civilisation chrétienne. Leur cible c'est l'anti-souche, cet ennemi intérieur, ce dévoyé imbécile, cet idiot collabo de l'occupant négro-mahométan, qui ne comprend pas la supériorité de sa race de souche à lui sur toutes les autres races de souche en circulation de part le monde.

     L'anti-souche se dit bêtement que, s'il était né ailleurs, il serait très fier aussi de son beau turban, de sa case en pisé, d'avoir inventé la roue ou la pyramide et que ça relativise un peu son orgueil de souche. L'anti-souche se rappelle itou que, depuis la Préhistoire, l'Homme n'est que mélanges : les deux ou trois bribes de gènes néanderthaliens qui se baladent encore dans l'ADN de l'espèce humaine tempèrent un peu la pureté prétendue de sa souche. L'anti-souche aime son pays et ses beautés locales mais ne voit vraiment pas pourquoi il devrait se les garder pour lui-même, sans partage. On voit quel danger la dégénérescence de l'anti-souche putride représente pour la souche saine, il faut donc l'extirper comme de la mauvaise herbe.

     C'est un tel travail de régénération forestière qu'a entrepris un fanatique Norvégien, arrachant de la glèbe ancestrale une petite centaine de ces dangereux capitulards de la souche, sans remord, ni regret. Dans la voiture de police qui le conduisait à la prison, l'assassin ne se cachait pas mais souriait aux photographes, l'air con comme une bûche.

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