Sauvons les affameurs!

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

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              D'après la FAO, la faim dans le monde a reculé en 2010. Mais les affameurs n'ont pas dit leur dernier mot : déjà la Somalie replonge et l'aide alimentaire sera revue à la baisse en Europe, dès 2012. 

(Article paru dans Zélium, été 2011)


            Des âmes sensibles s'émeuvent parfois, apprenant qu'en dix minutes dépensées à l'achat d'une côte de bœuf bien persillée, cent-vingt enfants sont morts de faim, là-bas, sur un mauvais coin de la planète. Alors, ces émotifs repus versent une larme sur les petits Africains au ventre tout plein de vide et une obole dans la tirelire des ONG dont la misère du monde est le gagne-pain quotidien. « Si c'est pas malheureux tout ça! », soupire le louchébem en claquant son tiroir-caisse.

             L'angoisse du spéculateur à l'encaissement des bénéfices

       Mais ces bien-pensants, jouets d'une vision simpliste de la complexité du monde mondialisé, ignorent tout des affres des affameurs pour lesquels un fléchissement des gains annonce le début de la faim. Qu'ils imaginent un peu, ces philanthropes d'un jour, l'angoisse mortelle du spéculateur pariant pour la hausse du prix du blé en gardant l'œil sur l'évolution de la pénurie de maïs s'il ne veut pas voir, faute d'oseille en abondance, son nouveau yacht englouti dans le bouillon amer de la baie de Monaco. Peuvent-ils même se figurer, ces défenseurs occasionnels du nécessiteux exotique, la souffrance du financier dissimulant aux investisseurs la perte réelle de leurs éconocroques misées sur des stocks de riz virtuels ? Ont-ils même conscience, ces gagne-petits au grand cœur, des responsabilités courageusement endossées par les tripoteurs internationaux : mise en œuvre du chaos économique mondial, organisation du désastre écologique planétaire, maintien dans la misère d'un quart de l'humanité, surexploitation de l'homme par le requin?

       On voit combien les propos acerbes sur les spéculateurs ne sont qu'injustifiables calomnies proférées par des loosers envieux.

          Choux gras pour Granny

        Cette mémé rose et ronde, massant délicatement ses poignées d'amour dans un jacuzzi du Connecticut, aurait pu claquer d'obésité morbide, gavée d'ice cream et de soda, dans un désert alimentaire étasunien où le premier légume frais ne se vend qu'à cinq kilomètres des taudis des pauvres. Mais, grâce à Dieu, Granny touche une coquette pension, fruit juteux d'un fond de spéculation judicieusement concocté par feu son mari. Ainsi, moins il y a de blé dans les champs, plus Granny engrange. Les récoltes sont mauvaises partout, les cours du grain s'envolent et les dividendes atteignent des sommets, tout comme le bonheur de Granny qui viendra fêter son dernier lifting dans la ville lumière.

        Et toi, l'Africain du Trocadéro, réfugié clandestin de la famine qui tue tes frères restés au pays, quand tu vendras à Granny une petite Tour Eiffel made in china n'oublie pas de sourire et d'y fourrer une bombe.

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