les ministres sont des cons (presque) comme les autres

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

reussir ACT J2 v12-32

        Les ministres seraient-ils des cons comme les autres? C'est ce que tend à montrer ce document exclusif, volé dans le bureau présidentiel par un membre éminent du gouvernement et diffusé dans le but « de faire comprendre aux cons que la vie d'un ministre est pareille que la leur, et qu'ils nous foutent la paix avec ces ragots sur nos prétendus avantages. »

           Nous avons soumis cette « courbe de deuil », visiblement inspirée de celle diffusée en interne à France Télécom, au regard critique de Salvatore Théophraste, spécialiste mondial de la gestion psychologique des ministres en situation de crise, afin de nous éclairer sur les enseignements de ce document exceptionnel.

JK : Quelle première leçon pouvons-nous tirer d'un tel document?

ST : Ceux qui croyaient que les ministres sortent de la cuisse de Jupiter en sont pour leurs frais. Ce document révèle que les ministres sont capables d'émotions, de sentiments, quand leurs intérêts sont en jeu, ce qui les rend très humains finalement...

JK : Pouvez-vous expliquer quelles sont les différentes « phases du deuil »?

ST : Alors, ce qui est très intéressant ici, c'est de lire les propos du ministre viré, captés par des enregistrements surement à la limite de la légalité (rires)... Dans la phase 1, celle dite du « refus de comprendre », nous assistons à une réaction typique de ce que nous appelons dans notre jargon le « syndrome de Calimero ». Le sujet, abasourdi par l'annonce de son éviction, fait une régression : il refuse de se soumettre à la loi du père (le Président) et fantasme son retour dans le ventre de sa mère, symbole d'un monde idéal de bonheur et de paix où tous les désirs sont assouvis. Ce faisant, maintenant qu'il en est la victime, il oublie complètement qu'il a lui-même contribué à rendre le système injuste et inégalitaire. C'est une réaction infantile courante mais peu durable chez le sujet sain.

JK : En effet, le ministre viré passe rapidement à la phase dite de « résistance ».

ST : C'est là que votre document est tout à fait exceptionnel. Non dans le contenu des propos, qui relèvent du discours ordinaire de la vengeance, mais dans leur forme. Comment un ministre n'ayant jamais connu que les plus grandes écoles et les salons feutrés de la haute bourgeoisie, a-t-il appris un langage aussi relâché, proche de celui des délinquants colorés des banlieues? C'est un mystère du cerveau, continent mal connu qu'on est loin d'avoir fini d'explorer.

JK : Une hypothèse, Salvatore Théophrase?

ST : Des cas un peu semblables ont été observés par des psychiatres en milieu hospitalier. Des patients, tombés dans le coma à l'étranger, se réveillent en ayant totalement oublié leur langue maternelle mais parlant couramment la langue du pays dans lequel ils étaient hospitalisés.

JK : La participation au gouvernement serait comparable à un coma ???

ST : Cela vous étonne mais il suffit d'écouter attentivement ce que disent les ministres pour le constater. Amnésies : on prend l'avion et on ne s'en souvient même pas. Actes manqués : on se commande des cigares et on se trompe de chéquier pour régler la note. Distraction : on croit partir chez mémé dans les Landes et on se retrouve chez Moubarak au pied des pyramides. Tout se passe comme si les membres du gouvernement agissaient de manière quasi inconsciente, un peu comme des somnambules...

JK : C'est donc de manière inconsciente que le ministre viré aurait appris la langue populaire du Président!

ST : Ce n'est qu'une hypothèse, il faut rester modeste face aux mystères du cerveau humain. Quant à la phase de « décompression », c'est à peine croyable : on voit un ministre se remettre en question, peut-être pour la première fois de sa vie. Je dois dire que c'est assez émouvant, on ne peut qu'être touché par un tel cri du cœur, surtout quand le sujet fait référence à sa mère. On comprend comment le destin d'un ministre est écrit dès la première enfance, impulsé par un traumatisme originel qui le porte jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. Il faudrait que toutes les mères traitent leur fils ou leur fille de « raté ».

JK : Oui, mais tout le monde ne peut pas être ministre. Passons rapidement, si vous le voulez bien, aux deux dernières phases du processus de deuil, « résignation » et « intégration ».

ST : C'est la partie la plus facile à interpréter. Peu à peu, le sujet se satisfait du « bonbon » qui lui est proposé pour le consoler de sa perte et son désir va s'orienter sur un autre objet que celui devenu inaccessible. Le ministre comprend qu'il est encore aimé du père (le Président) et réinterprète son éviction dans le sens d'une promotion. Tout se termine bien : l'important est d'entretenir la dépendance du ministre afin de le réutiliser si nécessaire.

JK : Dites-moi, Salvatore Théophraste, vous semblez particulièrement bien connaître ce document pourtant inédit...

ST : (rires) C'est vous qui le dites...

JK : Merci infiniment pout cet éclairage, Salvatore Théophraste, je rappelle que vous êtes l'auteur de Virer ses ministres en toute sérénité, aux éditions Recyclage. 

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samines 25/05/2012 09:24

EXCELLENT Juliette, vraiment excellent. Bravo