ras le cul béni!

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

Andres-Serrano--Piss-Christ--1987-jpg

Andres Serranno, Piss Christ (1987), détail.

 

       En ces temps d'incertitude organisée et de trouille entretenue, les bondieursards reprennent du poil de la bête. Dieu redevient furieusement tendance.

chronique parue dans Zélium n°4 (mai 2011)

         Quel corniaud à l'esprit pathétiquement enfumé de panaches d'iode nucléaire aussi débilitante que dégénérative a-t-il pu s'accoutrer d'un tel sac rouge-sang, du plus inélégant effet, percé de deux trous pour les yeux, ne laissant dépasser que le bout d'un gros orteil à la propreté douteuse, pour s'en aller laver, sur les chemins caillouteux, son âme noircie par quelque faute connue de lui seul? Encouragé par la foule hystérique ordinairement agglutinée au bord des routes dans l'attente frénétique du passage éclair des junkies sur boyaux d'une compétition de biclou, l'enragé de Pâques, dans sa robe couleur tomate pas fraîche, traîne sur son dos une gigantesque croix plus lourde que mille fesses de grenouilles de bénitier en pâmoison. Le pénitent trébuche, se tortille sur le sol comme un lombric hors de la tourbe, les pécheurs en chaleur chantent la miséricorde divine, alléluia. Il ne fait aucun doute que l'Être suprême leur sera reconnaissant de tout ce tralala pascal aussi noble que sage et que ces larrons mortifiés trouveront sans boussole le chemin du paradis qu'un Guéant céleste interdira impitoyablement aux mécréants goguenards. Rira bien qui rira le dernier, disent-ils.

           Pour l'heure, ça ne rigole pas chez les avaleurs de bon dieu. Les ouailles, lasses de bêlements victimaires et plaintifs, passent à l'action sans grâce du vandalisme. C'est la croisade en Avignon : sus à l'œuvre sacrilège, au crucifix en apnée dans la pisse d'artiste! A la belle époque des inquisiteurs, ces brebis dévotes auraient écartelé l'esthète moricaud avant de brûler ses restes à petit feu pour l'édification du public. Mais les intégristes modernes, abâtardis par trois siècles de propagande matérialiste et droit-de-l'hommiste, se contentent de passer à la télé après destruction de l'œuvre blasphématoire à coups de pieux marteaux.

        C'est que la tendance est à la bondieuserie, la cagoterie est hype, faut pas plaisanter avec les choses de la religion, quel que soit le nom du Dieu chéri. Pas question de boulotter n'importe quoi n'importe quand, de toucher à ci ou à ça, de regarder les belles ailleurs que dans les yeux, de se fringuer et chapeauter pas comme il faut, de bosser les jours où le Ciel veut que tu ne penses qu'à lui et surtout pas aux merveilleux nuages. Faut du respect, crénom de nom!

         Tout ce saint folklore ne serait que pantomime aux relents d'encens éventé, qui ne gêne que ceux qui ont la vertu d'y accorder foi, si les bigots de tout poil ne venaient ces derniers temps nous courir un peu trop sur le haricot avec leur goût du culte.

         Mais où sont passés les bouffeurs de curés? En enfer, sûrement, de n'avoir pas fait pénitence de leur libertine gourmandise.

Commenter cet article