Nadine, sans égard

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

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    Mai 2011. La ministre chargée de l'Apprentissage et de la Formation professionnelle, Nadine Morano, s'emporte contre une vendeuse ayant commis une plaisanterie qui lui déplaît.

       Elle aime qu'on lui sourie et qu'on lui offre des fleurs. Pousse-t-elle les portes d'un grand magasin que les vendeuses s'activent pour la satisfaire : elles se mettent en quatre, les petites smicardes, les bonnes filles de peu se donnent un mal de chien. Pour elle. Car elle n'est pas n'importe qui. Savez-vous bien qui elle est? Une femme toute simple, une mère de famille et de province encore, qui emmène son ado faire des emplettes le samedi, comme tout le monde. L'ado fait-elle la moue devant les goûts désuets de sa daronne, et le cliché est parfait. C'est tout bon pour la presse locale, ça, cette image prise sur le vif : la vie ordinaire d'une cliente qui ne l'est pas moins. Pourtant, elle n'est pas n'importe qui. Savez-vous bien qui elle est? Dans la cohue du samedi elle passerait presque inaperçue avec ses cheveux teints et ses rondeurs de femme mûre. Mais un homme la suit comme une ombre, qui n'est ni le daron, ni le futur gendre, pas même le petit ami de l'ado boudeuse. Il lui faut, toujours, partout, cet homme sur ses pas, aux aguets, le regard fureteur, la cuisse tendue, prêt à bondir. Car, derrière ses faux-airs de madame tout le monde, elle n'est pas n'importe qui. Savez-vous bien qui elle est? Pas n'importe qui, il peut en témoigner, lui, qui est payé pour la talonner en tous lieux. Il garde son corps à elle et celui, sans jamais y toucher, de l'ado qui suit sa mère dans le grand magasin, un samedi après-midi d'avril. Non, elle n'est pas n'importe qui. Il garde son corps, c'est son gagne-pain, mais il ne peut défendre ses oreilles.

           Qui es-tu, toi, pour avoir offensé les oreilles de madame? Qui es-tu pour lui parler sur ce ton, avec ces mots? Qui es-tu, toi, qui oses ricaner tout haut que, décidément, quand on fait ses courses comme tout le monde, l'après-midi du samedi, dans un grand magasin de sa ville, on peut laisser son gorille à la maison. Le petit peuple n'est pas si méchant, la France d'en bas n'est pas si dangereuse et la foule, pas si mauvaise fille. Alors, ce gorille, quand elle fait ses courses dans le grand magasin de la ville, quand elle se coule au milieu des vrais gens, qu'elle le laisse à la maison. Question de respect.

        Mais elle n'est pas n'importe qui. Sais-tu bien qui elle est? Toi qui as perdu ton boulot de vendeuse dans le grand magasin de la ville pour une plaisanterie, sais-tu, maintenant, ce qu'elle représente?

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