mort aux paons!

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

carla

 

      Dans un entretien au Parisien, Carla Bruni révèle qu'elle n'a rien changé au salon bleu de l'Élysée. Rien, sauf une très impertinente carpette. Il est vrai que les paons portent malheur en Italie! Récit à peine fantasmé d'un psychodrame à l'Élysée. 

(Article paru dans ZELIUM, n°1, février 2011)

 

       Elle est venue, elle est là, la mamma! Et la sorella dans ses plus beaux atours! Elles rayonnent, assises côte à côte sur le canapé du salon bleu. Une douce lumière illumine le parquet miellé. Dolce vita. Elles y croyaient : l'avenir glorieux de la petite, elles n'en doutaient pas. 


         Et voilà la fortunata à l'Élysée! entrée dans l'Histoire en chantonnant et glissant ses longs doigts dans sa chevelure, écrasant de ses ballerines le tapis moelleux de la Première Dame de France.

       Mais soudain, les sourires se crispent, les regards sont figés. La mamma serre contre sa poitrine son gilet de cachemire rose, la sœur fouille nerveusement son sac. Tension. Serait-ce la photo du jeune marié, qui étale ses dents étincelantes sous des Rayban, dans le cadre disposé sur le bureau ? Serait-ce la bise d'hiver fouettant doucement les vitres ? Les petits fours trop sucrés, l'aqueux café gaulois? Toussotements gênés, insistants. Ma che passa?

 

           La sœur n'y tient plus, elle hurle. Mamma mia! mais elle ne les voit donc pas? La mère sanglote dans son mouchoir de soie : ce Français au sang mêlé lui a tourné la tête! Là, sous le cuir des semelles, déployant sans vergogne leur longue queue ocellée! Des paons! L'œil du diable cent fois multiplié, il malocchio. Elle blêmit. Comment n'a-t-elle pas remarqué les volatiles porte-malheur? Quel aveuglement! Les paons découverts secouent leurs plumes de laine chatoyante, agitent leur vieilles têtes couronnées. Vite, elle court au téléphone. Sus au tapis d'orient! Les décorateurs du Mobilier National surgissent illico et, sans égard pour la première belle-mère de France, soulèvent le canapé, renversent la table, poussent le fauteuil tandis que les maudits gallinacés braillent des noms vengeurs: Poule! Grue! Cocotte! Ils ravaleront merluche : roulée, la carpette étouffe les criailleries des bestioles emplumées. Les fonctionnaires l'emportent subito. Ouf!

       On l'a échappé belle. La mamma rajuste les plis de sa jupe, la sorella se repoudre le museau. Elles oublieront vite cette faute de goût, ce manque stupéfiant de tact. Un simple moment d'égarement, une distraction d'amoureuse.

      D'ailleurs, elle en rit déjà. Comment a-t-elle pu imaginer vivre ici, dans le salon bleu de l'Élysée, parmi ces oiseaux à la chair imputrescible, offerts à tous les regards? Des paons, exhibant insolemment la grandiose image de sa vanité.

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