modestie n'est pas française

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

coq

    Aôut 2011. Dans une étude publiée mardi, l'INSEE révèle que la France comptait plus de huit millions de pauvres en 2009... oups! pardon... huit millions de Français "modestes".

   Fier comme un pou, viril comme un directeur du FMI, coquelinant comme un con aux premières lueurs de l'aube, qu'est-il arrivé au coq de nos tas de fumier cocardiers? Hélas! si l'on en croit le journal télévisé, la crête en berne, le cramoisi du jabot tournant au rose pâlichon, l'ergot ramolli et la patte grattouillant la poussière, le coq gaulois ne serait plus que l'ombre d'une pudique poulette. Quoi! Notre patriotique emplumé aurait perdu sa superbe ! Terrible calamité.

     C'est que, d'après le journaliste télédiffusé, un nombre croissant de Français, ces grandes gueules de compétition, ces grandioses m'as-tu-vu, deviendraient - qui l'eut cru - « modestes ». Et même, insiste l'homme-tronc, ces fanfarons tricolores et cosmiques, seraient « de plus en plus modestes. » Les modestes se compteraient aujourd'hui par millions, une épidémie de modestie s'abattrait sur la Patrie : on comprend le vague à l'âme du hardi gallinacée, seigneur du poulailler déchu dans la morne discrétion d'un chapon de basse-cour.

      Il est vrai que notre glorieux chef de l'état et de guerre, sublime vainqueur de l'effroyable armée libyenne équipée par des marchands de canons bien de chez nous, a le triomphe modeste qui sied aux authentiques héros, du moins tant que le tyran, qu'il reçut autrefois comme un prince dans les jardins parfumés de l'Élysée, n'aura pas été réduit au silence prudent qui convient à un encombrant autant qu'infréquentable ex-amant. Il est vrai, en outre, que les électeurs, ces versatiles adorateurs des icônes présidentiables que lui vendent les bataillons d'éditocrates à la solde du plus offrant, se verraient bien porter au pinacle républicain un binoclard amaigri, modeste comptable à l'étroit complet, dont la plus éclatante qualité est d'être un homme normal. Il est aussi vrai que l'on vit récemment un aréopage de crocodiles milliardaires ouvrir en toute modestie leurs portefeuilles en peau de nos fesses et glisser une obole dans le gouffre sans fond de la dette nationale qu'ils contribuent insolemment à creuser. Dès lors, plus rien ne saurait arrêter la modestie promue valeur nationale. Adieu tes tonitruants cocoricos, pauvre Chanteclerc, un œil ouvert, l'autre clos.

       Mais, à mieux écouter le journaleux de vingt heures, il nous vient comme un doute. L'honorable pisseur de copie audio-visuelle userait-il de la vertueuse langue biblique pour laquelle «  modeste » veut dire « pauvre »? On respire. Ces personnes « modestes » peuplant par millions notre orgueilleuse nation ne sont en fait que d'inoffensifs démunis. Ouf! Le gallinacée réconforté gonfle fièrement ses plumes et tend un bec martial au soleil levant.

   Pas encore de modestes au pays du coq tricolore, mais toujours beaucoup de pigeons à plumer.

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