les frangines à la trappe

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

Article publié dans Zélium n°7, décembre 2011-janvier 2012

Dans le grand naufrage de la crise, il n'y a pas que les pauvres qui coulent. Leurs femmes aussi.

 

La crise financière, à son apogée permanent, aspire en son trou noir la banlieue prolétarienne et les rêves de consommation débridée, pour ne laisser derrière que misère et désespoir de masse. Dans la panade collective, il est un phénomène dont la discrétion médiatique est à l'aune du désintérêt général : la disparition des femmes, de ménage ou pas. En effet, chaque jour, dans notre pays à vau-l'eau, assiégé par les requins, les femmes s'effacent davantage de la surface du marigot, et l'on pourrait entendre, de-ci, de-là, un soupir de soulagement machiste, si l'engloutissement de la moitié femelle de la population intéressait suffisamment quelqu'un pour qu'on s'en aperçoive.

Tels les célèbres palmipèdes blancs au long cou si féminin, les femmes de France, qui ne sont pas toutes people, starlette de télé ou égérie du show biz, ont poussé leur pathétique chant du cygne à l'occasion de la fangeuse affaire Strauss-Khan. Mais depuis que l'ex homme providentiel à la sainte épouse blindée a dégradé son destin par une libido en folie, sous la coupe des souteneurs mondialisés, le public confus regarde ailleurs, tandis que les femmes, peu à peu, disparaissent et que tout le monde s'en fout.

Certes, l'on croise encore de rares épargnées provisoires du grand escamotage : ministres aussi blondes que potiches, patronne des patrons en éternel sursis, passes-plats anorexiques des plateaux télé. Mais, dans les sommets internationaux, dans les pages sérieuses et glacées des hebdos, autour des tables rondes de l'expertise télévisées, dans les colonnes éditoriales et si bien informées des quotidiens, le masculin l'emporte presque sans exception. C'est que le moment est grave. La patrie en danger réclame de virils défenseurs. Des poilus, bordel ! Pas le temps de rigoler.

 

Où sont les femmes passées, donc ? Elles n'ont pas quitté le territoire. Un regard attentif permet d'en déceler la présence dans les antres les plus obscurs de nos cavernes capitalistes. Voici justement un beau spécimen : jeune, la jambe rapide, l’œil vif, elle court, saute et bondit, sourit à l'un, rassure le suivant, fait patienter la troisième. C'est que le client du supermarché est une vraie buse et ne comprend rien au fonctionnement des caisses automatiques : il faut tout lui montrer, tout faire à sa place, gérer quatre caisses au lieu d'une, et pour le même mini-prix en fin de mois : c'est ça, le progrès. Désopilante distraction ! On cherchait partout la femme, on l'a croyait perdue : elle était tout bonnement rangée à sa place !

 

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