les féministes ont la gueule de bois

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

         « Il y a les femmes et les féministes ! », s’exclama un convive, au cours d’une ripaille par laquelle nous célébrions l’agonie de la vieille année. Un rire général honora la saillie et la conversation s’orienta vers un sujet plus en vogue. L’humoriste était une femme.

La féministe n’est pas une femme mais une insulte. Un troisième sexe mal identifié, frappé de misandrie hystérique et plus ou moins lesbienne dont les manifestations échevelées confinent au ridicule. Qu’une femme se déclare féministe et elle s’exclut du genre des vraies femmes : celles qui bénéficient des quelques avancées arrachées au prix de deux siècles de luttes opiniâtres, tout en proclamant haut et fort leur dégoût du féminisme. L’excès ne sied pas à la féminité s’il n’est excès de coquetterie. Sois belle, raisonnablement intelligente et ne fais pas d’ombre à ton homme, tel est encore l’idéal féminin supérieurement incarné par Carla Bruni.

Pourtant, les femmes de tête sont mises à l’honneur en ces derniers jours de 2009. Le Figaro publie un sondage sur les femmes politiques ayant marqué l’année tandis que Le Monde demande à ses lecteurs d’élire « la pionnière de l’année » parmi un choix international de femmes ayant obtenu certains postes de responsabilité dans leur pays, sans proposer aucune française d’ailleurs. Ainsi, comme au carnaval ou les dominés deviennent les rois d’un jour, on fête aujourd’hui les incompétentes, emmerdeuses et salopes des 364 autres jours. Toutefois, la satisfaction de ces femmes médiatiques doit rester modeste : « attention », avertit le journaliste du Figaro, « les femmes qui ont marqué l'actualité en 2009 n'ont peut-être pas laissé un bon souvenir. Savoir se faire remarquer n'est pas un indice de popularité. » Notre très viril, et homme à femmes, Ministre de l’identité nationale pourrait en témoigner.

         Mais d’où vient à la citoyenne ordinaire ce sentiment diffus que la condition de la femme est en régression dans le pays des droits de l’Homme ? Seraient-ce les statistiques pointant la surreprésentation des femmes dans les emplois sous qualifiés et le travail partiel malgré une meilleure réussite scolaire ? Les discriminations à l’embauche et dans les progressions de carrière et de rémunération ? Le compte funèbre des victimes de violences conjugales ? L’estimation de la valeur d’une personne par l’existence et la taille supposées de ses cojones ?

         Pas même. Il suffit d’entrer dans la librairie de son quartier et d’y découvrir le « coin des filles » : de la littérature jeunesse rose bonbon, paillettes et fluo, où sont racontées des histoires bêtifiantes de fées, de princesses, de princes charmants, d’animaux trop choux et plein de trucs de filles que les garçons peuvent pas comprendre. Trois hautes étagères débordantes : un marché juteux !

Au seuil de la nouvelle décennie, rares sont les femmes qui osent se revendiquer féministes. Le mouvement féministe semble plus que jamais marginalisé. Mais renoncer au mot n’est-ce pas aussi renoncer aux idées qu’il porte ?

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