les bonus à la non-grève de Guillaume Pépy

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

     Guillaume Pépy, le fringant Président de la SNCF, n'est jamais à court de bonnes idées. Après les trains pour chérubins, il invente le bonus à la non-grève.

      Toi qui galéras trois heures en campagne poitevine, dans un wagon paralysé par un énième problème de caténaire, toi, malchanceux à la loterie tarifaire, qui passas toutes les vacances à la maison à cause du prix exorbitant des billets, toi qui eus l’audace de voyager en seconde un jour de grand départ alors que tu mesures plus d’un mètre soixante-cinq et te retrouvas, c’est ballot, plié entre une valise, un surf et deux gros sacs, sous les néons aveuglants d’une voiture de TGV, garde le sourire : le patron de la SNCF est presque content.

          Les bénéfices commencent à poindre et quand y’a du profit, y’a du bonheur. Certes, dans le ciel azuré de l’entreprise encore publique, se balade un petit nuage gris : le mouvement social du 7 septembre. Mais, nous rassure l’alerte Président, cette légère perturbation ne durera qu’un jour : le soleil luira de plus belle, dès le lendemain. Pourtant, même si plus personne ne s’aperçoit qu’elle a lieu, la grève a toujours un coût qui s'élèverait à plusieurs millions d'euros. Or, quand y'a des pertes, y'a beaucoup moins de bonheur. D'où cette idée « intéressante » du moderne Président : le bonus à la non-grève. Cet adepte de la « négociation » sociale, trouve « normal » que les cheminots aient un « retour » sur les économies réalisées par l'abandon des si coûteux (et archaïques) mouvements sociaux.

         Sois sage et t'auras des bonbons. Car, c'est connu, le cheminot ne fait grève que par amour du vice, pour embêter « l'usager » qu'il se plaît à prendre « en otage », et pour fournir en marronniers le treize heures de Jean-Pierre Pernaud. C'est bêta. Plus intelligent serait de fermer sa bouche et palper le bonus. Comment, toutefois, évaluer le montant de cette prime à l’inaction sociale ? Qui appréciera le degré d’inacceptabilité des réformes que la direction, ou le gouvernement, voudra « négocier » et, du coup, le nombre de jours de grève économisé ? Le bonus sera-t-il progressif : plus la réforme massacrera les droits des travailleurs, plus le pactole sera coquet ? On voit combien les bonnes idées patronales sont quelquefois plus compliquées à mettre oeuvre que la lecture d’un indicateur des chemins de fer.

         En attendant, les trains resteront à quai mardi et peut-être un peu plus longtemps si la contestation massive annoncée à grand cris au mois de juin ne se résume pas à un spectacle de lutte sociale orchestrée par des syndicats trop sensibles aux chants des sirènes de la négociation.


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