le sauveur se lève à l'Ouest

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

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        Qu'il parait loin, déjà, le joli mois de février où le Français admiratif regardait par la petite lucarne les didacteurs effarouchés prendre la poudre d'escampette sous les huées de leurs peuples! Opérations militaires et électorales vaseuses, éruptions de gloriole et d'arrogance patriotique, vomissements d'intolérance... Heureusement, DSK est (presque) là. La France malade attend plus que jamais que son Sauveur revienne d'Amérique. Ou pas.

Article paru dans Zélium n°2

 

       Prématuré, le printemps exhale ses effluves de jasmin jusque dans nos mornes villes. Février frissonne encore, mais le Français frileux se réchauffe au souffle sec d'un harmattan déboussolé. Le soir, après le turbin, il lorgne par la lucarne médiatique les coffres forts éventrés des dictateurs en déroute, vastes comme des bahuts d'Armorique et qui dégorgent des billets en liasse, des bijoux clinquants de cavernes d'Ali Baba. Sur les places exotiques renommées liberté, il voit des peuples longtemps soumis se dresser contre la spoliation des masses au profit d'une clique. Dans la poussière des rues tombe toutefois assez de sang pour effrayer le bourgeois qui, chez tout bon Français, ne sommeille que d'un œil et sait refroidir à temps les ardeurs séditieuses. Pourtant, qu'ils sont beaux les palmiers reverdis des cités orientales! On guette ici les prémisses d'un même renouveau. Certains, un peu poètes, rêvent des bourgeons sur les verts treillis des paras en faction sous la Tour Eiffel.

     Au palais républicain, c'est la panique! Les visages blêmes se tendent sous les projecteurs éternellement allumés. Le gouvernement bafouille. Une fois les dictateurs déchus, que deviendront les affaires? Le pétrole, nos élégants missiles, nos investissements? Les souliers diplomatiques patinent sur les gaffes des pignoufs promus ambassadeurs. Rien ne va plus quand s'écroulent, avec les amitiés corrompues et les fraternités cupides, les faux-semblants d'honorabilité. Et le Français se prend à espérer un nettoyage de printemps à l'Élysée.

       Mais patience! Toi qui trépignes d'enthousiasme devant ta télévision, ta révolution, il te faudra la mériter dans un an. Nous sommes une Démocratie civilisée et le démocrate n'a qu'une arme : son bulletin de vote. Tourne ton visage vers l'Ouest : là se lève le frais soleil de ta renaissance. Le Sauveur, le vois-tu resplendir sur les rives du Potomac? Déjà, il ne pense qu'à toi, à la Patrie. Son destin l'appelle. Car les luxueux restaurants français de l'Oncle Sam n'ont pas la saveur des modestes tavernes du sixième arrondissement. Mélancolique parmi les grands argentiers internationaux, son esprit s'évade jusqu'à toi. Tu lui manques! Dans les réunions du comité, il ne pense qu'à tes fins de mois difficiles. Au conseil d'administration, c'est tes factures qui le tourmentent. Le Sauveur, tu le désires, il sait que tu l'attends. De sa démarche un peu lourde, le regard vif sous la paupière tombante, il arrive : sa femme, déjà, fait les valises. Et toi, l'œil humide, la main tremblante, un beau matin de mai 2012, tu brandiras la petite enveloppe de papier grisâtre dans laquelle luit le nom béni du Sauveur et, le cœur gonflé d'espoir, tu la glisseras dans l'urne. Ou pas.

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