le pékin, ce larbin médiatique

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

Que seraient nos JT sans la participation bonhomme et toujours bénévole de ces vrais gens de la rue que les événements maltraitent sans pitié?

     En ces temps de rogne sociale où le populo brandit ses dernières banderoles contre l’allongement inexorable de la durée de son exploitation, nul ne manifeste contre l’utilisation abusive de l’insondable naïveté du pékin moyen. Pourtant, que seraient nos JT sans la participation bonhomme et toujours bénévole de ces simples passants, vrais gens de la rue et des embouteillages, sempiternels otages de la vie quotidienne, que les événements maltraitent sans pitié ? Le pékin fait l’info télévisée et le journaliste fait le trottoir : il y tend son micro.

      Qu’une grève des enseignants se dessine, et l’équipe journalistique plante sa caméra dans la cuisine des Dupont pour immortaliser le petit déjeuner des têtes blondes abandonnées par leur maîtresse et la panique de la maman qui travaille, elle. Qu’une pénurie d’essence se profile, et voilà nos reporters en route pour la tournée des pompes vides où ils recueillent les réflexions de Martine et Jean-Paul, qui ne peuvent plus ni bosser, ni partir en vacances, alors à quoi ça sert de vivre, hein Jacqueline ? Qu’une manifestation encombre les grands boulevards, et voici nos journalistes au cœur de l’info, sélectionnant impitoyablement le plus clownesque et bredouillant des protestataires bon-enfant, pour lui donner la parole en toute objectivité.

       Des inondations ? David explique, les pieds dans l’eau, qu’est-ce qu’il a fait avec la grand-mère à sa femme, qui peut plus marcher. Un mort célèbre ? Lucette et Sophie sanglotent devant la cathédrale, tandis qu’Ahmed affirme, le regard humide, que le cadavre était un grand homme comme on en fait plus. Un train en retard ? La mère de Léa raconte sa nuit dans le wagon surpeuplé, sans eau ni sandwich. Devant sa télé, m’sieur Michu dodeline de la tête : c’est-y pas malheureux de voir ça ? Au moins saura-t-il tout sur le système D. Mais son téléphone sonne pour un sondage : c’est ki k’il voudrait comme premier ministre, m’sieur Michu, François Fillon ou Fillon François ? La réponse s’affiche déjà sur son écran.

     La pernautisation de l’info poursuit son inflexible progression, dopée par le mépris des professionnels des médias envers les personnes ordinaires, cœurs de cibles marketing, dont il est nécessaire de cultiver les goûts que les marchands de miroir aux alouettes et de politique leur réservent. Chacun se mire en sa télé, plus vrai que nature et presque sans trucage. Bravement, le pékin moyen tient le rôle que les médias lui assignent, sans regimber ni réclamer de cachet. Il paie même sa redevance. Et il vote.

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