le goût du Père Fouettard

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

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         Vive le Père Fouettard!... pour les autres.

       Il lui plaisait vraiment, le Père Fouettard! Alors, avec ses millions d'amis, elle l'a élu chef de l'état. Il faut dire que tout partait à vau l'eau, une société à la dérive! Trafics en tous genres, délinquance, assistanat, fonctionnaires planqués, immigration plus galopante qu'une épidémie de chiasse. Le père fouettard allait mettre tout ce joli monde au carré. Les gentils seraient enfin récompensés et les méchants sévèrement punis. Elle avait arrosé l'élection d'une bonne bouteille de roteuse et s'était couchée légèrement pompette, au bord de la nausée.

         Las! Elle ne comprend pas ce qui s'est passé. Tout est allé si vite.

      Le Père Fouettard avait pourtant promis de sanctionner les voyous. Mais, un matin, elle s'était retrouvée les bras ballants, au milieu de l'atelier vide. Le patron avait déménagé les machines dans la nuit. Délocalisation. Licenciement, chômage. Elle n'était pas comme tous ces fainéants, ces chômeurs par vocation à rester allongés sur le canapé. Elle, elle allait retrouver un boulot, et vite. Mais, à quarante-cinq ans, rien. Alors : travail obligatoire d'utilité publique pour tous les chômeurs en fin de droit dont elle faisait maintenant partie. Le soir, elle rentrait épuisée à la maison et trouvait son fils devant l'ordinateur. C'était un garçon sérieux ce petit, pas comme ces enfants d'immigrés qui mettent le bazar dans les classes et plombent les résultats scolaires de toute la nation. Mais le petit n'avait pas de prof, pas de remplaçant, plus personne pour faire cours au collège; il passait ses journées sur l'ordi à pianoter dieu sait quoi et le soir, il sortait. Si son homme était encore là! Il l'aurait soutenue! Mais les dix mois d'attente pour un rendez-vous à l'hôpital lui avaient été fatals : tumeur trop évoluée, ç'aurait été du gâchis de dépenser pour une chimio.

       Un jour, la police lui avait téléphoné. Le petit en garde à vue! Sûrement une erreur. Elle avait couru au commissariat. Le mignon dealait sérieusement du shit à la sortie du collège et n'allait plus en classe. Elle comprenait soudain pourquoi elle ne touchait plus les allocations familiales. Maintenant, le petit était en centre éducatif fermé. Elle déprimait de plus en plus, ne regardait même plus la télé. Elle avait perdu jusqu'au goût du Père Fouettard : avec ses fausses promesses, il ne l'excitait plus. Un soir, elle avait pensé si fortement au suicide qu'elle en avait basculé par la fenêtre. Quand elle avait rouvert les yeux, elle était à l'hôpital. Le lendemain, de retour dans son appartement désert, elle se sentait mieux malgré les menaces d'expulsion. Alors, elle ne prit plus ses médicaments, oublia ses rendez-vous médicaux. Un matin, à l'aube, on frappa violemment à sa porte. La police des fous, matraque et blouse blanche, se jeta sur elle, la forçant à ouvrir la bouche pour y enfourner les pilules prescrites. Elle suffoquait, crut qu'elle allait mourir et s'éveilla.

         Quel cauchemar! Elle rit de plaisir en réalisant que tout cela n'est qu'un rêve invraisemblable, délire dû à un excès de champagne. Dieu merci, son mari est fort bien soigné par les meilleurs médecins, dans la clinique privée qu'ils ont choisie. D'ailleurs, il sortira en pleine forme, juste à temps pour le conseil d'administration de son entreprise. Le petit travaille très bien à Saint-Paul-Saint-Glinglin, avec tous les cours particuliers qu'elle lui paye! Certes, il a eu quelques petits soucis avec la justice, bien vite oubliés grâce au travail remarquable de maître Plindesou, le fameux avocat. Le petit sera bientôt apte à reprendre l'entreprise de son père: il a déjà plein d'idées pour l'indispensable restructuration.

         La seule ombre au tableau du bonheur, c'est de penser à tous ces profiteurs d'allocations qui pullulent dans les banlieues assistées. Mais le Père Fouettard va bientôt mettre tout ce joli monde au carré. Vivement les élections!

 

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