la schlague pour tout le monde et pour des siècles

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

« C’est la schlague à brève échéance, pour tout le monde et cette fois-ci définitive, pour des siècles », prédisait le lucide Ferré, accablé par le retour à la normale après les « événements » de mai.

mai

  Quelle est dure la crise de la quarantaine pour un natif des utopies soixante-huitardes! Bercé in utero par des slogans généreux jetés comme des pavés à la face des CRS, grandi sur des accords de guitare mêlés aux froufrous des moustaches de Brassens, nourri à la subversion et à la mordante satire d'Hara Kiri, le joyeux bébé de soixante-huit est un adulte morose et résigné. Non seulement l'imagination n'a pas pris le pouvoir, mais il est aujourd'hui hautement permis d'interdire. On brandit la sanction comme étendard du bon gouvernement, on pèse les droits comme les devoirs, chacun devient flic et juge de son voisin, se range à la raisonnable et mature servitude volontaire. 

       Les sales gamins n’empruntent plus le chemin des écoliers pour l’école buissonnière des terrains vagues, mais, dare-dare, celui du centre éducatif fermé.

          Les orientales indociles délaissent l’ignoble burqa, qu’elles portaient pourtant si peu, sous peine d’amende et de stage de rééducation.

Les délinquants tremblent de se voir punir, non plus par des juges laxistes, mais par d’aimables bourgeois tant empressés à envoyer leur prochain aux galères.

Les immigrés proclament spontanément à grands cris leur profond respect, leur totale soumission aux valeurs éternelles de l’ancien colonisateur. Les naturalisés se pâment d’amour pour le tricolore, sinon c’est l’apatrie.

Dans la joie, les salariés se pressent au travail contre un salaire inférieur au coût de la vie, les quatre millions de chômeurs rament gaiement pour ne pas sombrer dans les catacombes des listings de Pôle Emploi et les innombrables précaires sont plus éthérés que des spectres.

C’est l'idéal du kapo : la loi, la carotte et le mitard.

Cependant, on parle librement de la météo, des soldes et des vacances : c'est la démocratie.

        Mais que fais-tu, toi dont les tempes grisonnent à peine, pour que renaissent le rêve avorté de 68? Que fais-tu pour que ton propre rêve prenne corps? Tu ne songes qu'à ta nouvelle bagnole bio et, fidèle au poste, tu t'endors devant les pubs pour oublier que tes parents jetèrent "le vieux" à vingt ans et élurent "le nain" à soixante.

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