la morale (presque) pour tous

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

Septembre 2011. Le Ministre de l'Éducation Nationale souhaite rétablir les leçons de morale à l'école. Fais comme on te dit, petit sauvage, pas comme on fait.

 

carnet.jpg   Chassée par les premiers frimas, la gentille alouette abandonne son nid, les lauriers sont coupés et les marronniers éparpillent leur frondaison roussie aux pieds des écoliers, les poches pleines de cailloux et la tête d'illusions nouvelles. Dans les classes, les craies s'impatientent sous le tableau vert : il y a tant de merveilles à apprendre aux enfants! Le Ministre de l'éducation nationale, conscient de la grandeur de sa tâche, a l'œil humide quand il pense, non sans émotion, aux économies réalisées par la suppression de nombreux postes d'instituteurs : encore une belle rentrée!

       C'est le moment de rappeler à nos chères têtes colorées, qui s'agitent sur les bancs des écoles communales, l'importance de ces valeurs qui fondent notre civilisation et de leur inculquer les préceptes de morale qui, de tous temps, ont conduit les pauvres de notre beau pays sur le chemin de l'honnête asservissement.

      Chers enfants de nos banlieues, souvenez-vous qu'un menteur est aussi odieux et plus à craindre qu'un voleur. C'est par la vérité, la franchise et la probité que les grands qui nous gouvernent sont parvenus au sommet de l'état. Suivez leur exemple, car celui qui parvient à ses fins par les moyens ignobles de la combine et du mensonge, ne saurait jouir ni de ses biens, ni de son pouvoir si mal acquis. Il se croit heureux sur son yacht ou dans son palais doré, mais quand vient la nuit, le remord l'assaille, la culpabilité l'empêche de dormir, sa vie est un enfer ignoré du travailleur qui, loin des affres la menterie, goûte le bonheur de la franche pauvreté.

        Ne jurez jamais, chères racailles, c'est le propre d'une âme basse et crapuleuse. Un homme d'âge mur, un père de famille voire un élu du peuple, qui se laisserait aller à insulter son prochain au salon de l'agriculture, mourrait aussitôt sous les sabots offusqués des vaches. Alors, si par bonheur, chers graines de potence, vous croisez une secrétaire d'état dans une échoppe de fringues, ne manquez pas de la saluer avec une extrême déférence.

         N'oubliez pas, chers ventres creux, que la tempérance dans le boire et le manger sont de grand médecins qui chassent bien des maux. Ainsi, quand le frigidaire est vide et le porte-monnaie étique depuis la suppression des allocs, remerciez la providence qui veile sur votre santé.

         Chers petits barbares, rappelez-vous cet enseignement du fabuliste : "plus fait douceur que violence". Aussi, aux jours difficiles qui dans la vie mettent parfois notre patience à rude épreuve, inutile de manifester bestialement dans les rues la nuit, de briser des vitrines ou de brûler des voitures : ces actes sauvages n'apportent que ruine de l'âme. Soyez toujours doux et bons comme l'est l'état lui-même qui jamais ne vous cogne, ne vous emprisonne ou ne vous expulse, sans accompagner sa juste sévérité d'une fouille au corps empreinte d'humanité.

        Enfin, chers gosses de pauvres, que l'ambition et l'amour des richesses n'entre jamais dans votre cœur : vous y perdriez votre sérénité. Rares sont ceux, parmi vous, qui peuvent sortir de leur état de misère, car les lois de la génétique et la mauvaise éducation reçue de vos parents démissionnaires, vous rendent inaptes au mérite. Alors, pareils aux sages petites abeilles, accomplissez les rudes tâches mal payées destinées aux fainéants comme vous, qui ajouteront du miel dans les épinards des actionnaires et des puissants.

            Il suffit de si peu pour vivre en harmonie.

MORALE

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