la marine caste les surfers

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

Pour éveiller en la jeunesse française l’amour de la haute mer et du pompon, la marine nationale organise un grand casting. Camaïeu de bleus et de gris, regard viril de l’officier, frégate fendant les flots : l’affiche est aguicheuse, même sans blonde à forte poitrine. Les heureux élus du grand casting jouiront du privilège d’embarquer sur la frégate photogénique, se verront dûment filmés au milieu des matelots et la web série diffusée par internet.

Les racoleurs ont toujours su parler aux jeunes. Les vieux grecs nous apprirent que le monde est un théâtre, mais l’art dramatique n’intéresse plus nos adolescents prolongés. Le monde mondialisé est une superproduction à l’américaine, un gigantesque jeu vidéo.

Autrefois, l’individu jonglait avec ses rôles, glissant de l’un à l’autre en vrai Brachetti du train-train quotidien. Un simple changement d’accessoire métamorphosait le père de famille en amant fougueux, l’employé modèle en collaborateur ou en résistant, le paisible pêcheur à la ligne en chair à canon ; et les accidentelles confusions de rôles faisaient de bons sujets de comédies. Aujourd’hui, l’individu est un fantoche qui se cherche un rôle et va errant, de casting en casting, dans l’espoir trop souvent déçu d’émerger de la figuration.

Casting, de l’anglais to cast, à la fois « jeter » et « mouler » : d’abord on trie, puis on moule ce qu’on n’a pas (encore) jeté. Mais si les directeurs de casting ont pris le pouvoir en douce, force est de constater qu’il y a des ratés. Un cadre n’atteint pas ses objectifs? Erreur de casting. Ton mec te plaque pour une autre ? Erreur de casting. Un ministre accumule les bévues ? Erreur de casting. Même le pauvre Manouchian, fusillé avec ses copains sur le Mont Valérien, est traité d’erreur de casting par un historien, certes dans le Figaro. Manouchian, trop intellectuel ? Tout le monde ne peut pas être Bruce Willis.

Quant à nos valeureux marsouins nationaux, portés au rôle d’équipage par la magie d’une webcam, nul ne sait s’ils trouveront à leur goût le long métrage de leur vie sous les drapeaux. Gageons que, sans coupure au montage ni effets spéciaux, les interminables mois de surveillance au large des côtes africaines leur sembleront ennuyeux comme un film français en noir et blanc. Espérons qu’ils pourront se consoler en jouant à la guerre-comme-s’ils-y-étaient sur leur portable, jusqu’à ce que le scénariste se décide enfin à leur envoyer quelques pirates somaliens sur lesquels faire feu.

Oups ! Y’avait un otage dans le champ ! Allez, on la r’fait coco.

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