épanoui ou non

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

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Génération "prends l'oseille et tire-toi à seize heures"!

 

Effort, mérite et médaille en chocolat, ces trois mamelles de la revalorisation du travail, sont-elles sur le point de se tarir comme sèchent les pis de la bique quand la grande machine à traire à trop tiré sur la corde de l'exploitation? L'antienne mensongère pieusement rabâchée par les bons bergers de tous bords politiques et leurs bergères du patronat, qui chantent en chœur les louanges de la sueur et de la rédemption stakhanoviste contre la damnation de l'assistanat, part en couacs en ces temps de chômage de masse où l'esclavage qui sous-tend le salariat n'a jamais été aussi voyant. Les moutons trop souvent tondus n'en peuvent plus de produire de la laine pour habiller les riches.

Travaille, donne-toi de la peine et tu seras récompensé! Continuent pourtant de clamer les pères-la-vertu, qui ont tout reçu à la naissance. Mais quand les serfs affolés cherchent un maître pour un petit pécule, afin de ne pas crever de faim, il devient plus difficile de revêtir le travail forcé du clinquant costume de l'épanouissement individuel dans la contribution heureuse à la prospérité collective. Les tartuffes mentent de plus en plus mal quand les croyants n'ont plus la foi.

Il est, sur le sujet, instructif d'interroger les jeunes, ces dignes représentants de l'avenir du pays, qui perdent leurs plus belles années sur les mornes bancs des écoles en ne rêvant plus d'un futur qui ne leur apportera, au mieux, que la petite vie sans éclat des calculs d'épiciers tombant juste en fin de mois pour éviter le gouffre. Fi du métier et de son savoir-faire, fi des grandes ambitions, des carrières, de l'avancement à l'huile de coude et de la retraite compensatoire! Les jeunes veulent un boulot, quel qu'il soit mais le moins inconfortable possible, toucher leur paye de survie et se barrer à 16 heures. La vraie vie est ailleurs, ont vite compris ces petits futés. Pour tirer leur épingle de ce mauvais jeu dans lequel ils sont tombés sans avoir rien demandé, il savent s'y prendre : tricher aux examens, mentir sur son CV, faire les beaux pour attraper les hypocrites à leur propre manège. La « vie professionnelle » leur apparaît nue, en sa pleine vérité : un vaste jeu de dupes où le malin est berné par le malin-et-demi.

Les patrons, ces bienfaiteurs de l'humanité, peuvent se travestir en entrepreneurs, les recruteurs en magiciens des ressources humaines, le management en grande aventure humaniste, et le profit en création de richesses, les jeunes, tels les zeks d'un vaste camps de travail mondialisé, luttent avec les moyens des pauvres : la résistance passive, la non-collaboration têtue à leur propre exploitation, le refus d'entrer dans une danse dont ils ne choisissent pas la musique. C'est ce que certains appellent la crise de l'autorité.

Article paru dans Zélium n°12

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