de l'admirable continuité du service public d'éducation

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

phaeton

       Tel le char de Phébus suivant la ligne régulière et toujours identique de sa course éternelle, tel la ronde infinie des astres errants, tel l’immuable va et vient des marées aiguillées par la lune, le service public d’éducation force l’admiration par son imperturbable continuité.

          Car rien ne saurait interrompre la marche inébranlable de l’instruction publique.

           Prenez une cité scolaire de banlieue où se côtoient chaque jour un millier d’élèves et une grosse centaine de personnels de tout poil : pions, profs, agents, administrateurs et même une infirmière, un médecin à éclipses. Cette petite ruche se démène sans répit pour épandre le miel de la connaissance, du savoir-faire et de l’égalité des chances. Inévitablement, des liens se créent ― on a beau être, pour quelques-uns seulement, encore fonctionnaires, on n’en est pas moins humains. Le respect mutuel, l’affection parfois, naissent du partage quotidien de cet honneur ineffable d’être missionnaire de l’état en pleine zone urbaine extrêmement sensible.     

Survient un drame parmi les petites abeilles de la ruche éducative. Un décès touche l’un ou l’autre et la consternation, la tristesse, se lisent sur tous les visages. On voudrait fermer le bahut, une heure ou deux, pour accompagner celui qui souffre, lui montrer sa compassion. On voudrait être ensemble, une heure ou deux, pour rendre hommage au disparu. C’est humain, trop humain.

Heureusement, l’inspection académique est là pour remettre les esprits égarés dans le droit chemin et préserver tout ce petit monde des effets désastreux de leur coupable sentimentalisme. L’établissement restera ouvert, les cours auront lieu et l’agent en deuil se rendra au cimetière, seul, en n’oubliant pas de remplir en bonne et due forme l’imprimé de justification d’absence. Le service public d’éducation ne doit jamais s’arrêter.

Admirable !

Et c’est merveille de voir comment, en dépit des milliers de suppression de postes, de l’éradication méthodique des remplaçants, des démissions en série de stagiaires découragés dès le premier trimestre, les rectorats s’agitent pour assurer la continuité du service public. On envoie un prof de maths faire des heures d’éducation physique, on supplie la diplômée de français d’assurer les cours d’allemand, langue qu’elle n’a jamais apprise. Mais, à peine le trou rebouché ici, un gouffre s’ouvre là et, aussi vite qu’il est possible pour un rectorat, on déniche pour le cours de musique, un licencié d’italien, idiome particulièrement musical comme chacun sait.

         On a vu le principal d’un collège et des élèves se retrousser les manches à la cantine : volontaires pour la plonge. Demain, ils repeindront les murs. Car rien ni personne ne peut interrompre le cours inexorable du service public d’éducation, si ce n’est la stratégie politique du gouvernement. 
course du soleil lors du solstice d hiver a dumont d urvill
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Philou Zoffe 11/12/2010 22:27


Principal et élèves à la plonge... Mais ne serait-ce pas là une excellente passerelle, une bonne raison toute trouvée pour nous diriger dare-dare vers l'université Mc-Do ?

-Vise un peu le clown Ronnie dans son désopilant numéro: -Ici les petits nenfants on fait pas la vaisselle; pisque chez nous la vaisselle, elle sert à décorer, à colorer le bord des routes de nos
bucoliques campagnes !

Çà aurait de la gueule non! Enfin, face à une telle avancée de l'humanité, comprends pas que certains s'accrochent si désespérément à de pareils archaïsmes comme l'Ed Nat !

Sinon de mon côté, j'ai produit çà: http://www.alterinfo.net/Wikileaks-Encore-un-stratege-biblique-rien-de-plus-_a52453.html
ou encore ici
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article111469

Bises, & bon W.E