le silence des cimetières

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

        Elle crie la télé de la mamie la dame de compagnie tempête et les bébés sur les nerfs pleurnichent au supermarché le maraîcher beugle les réclames voix forte accent d’ailleurs allez allez un kilo s’exclame la cliente un gamin clame son caprice un autre braille et que les moteurs rugissent et que les motos pétaradent et que hurlent les camions de tout leur rouge pressé un chien aboie le caniche jappe oh oh pas content le toutou les cloches de l’église martèlent les heures quand la mairie carillonne le quart le marteau piqueur éclate l’asphalte cognent des poubelles le couvercle d’un coup sec ferraillement du train crissement il s’arrête grésillement des hauts parleurs ça sonne un téléphone chantonne zut le téléphone ah la musiquette à claques ça grince quand ça freine la porte siffle à petits pas pressés talons hauts ils claquent les talons ferrés rire gras les basses bourdonnent les aigus rayent la musique appel appel brouhaha dans la cour de l’école rire par éclats soudains bouquets d’éclats de rire la sonnerie tinte les rires plus longtemps dans la rue les fêtards fument racontent parlotent racontent jacassent de concert plus fort la zik encore plus fort tap tap tatap tap tap tatap taaap encore on entend rien plus fort ça gueule là-haut rouspète et fulmine à l’étage tatap tap tatap tap ouin ouin la sirène s’égosille les condés râlent quel tapage quand la mamie dort.

            Les élus, les responsables, les sociologues sont réunis dans la grande salle municipale insonorisée. Nous allons sans délai solutionner le problème du bruit qui tape sur les nerfs du bourgeois. Ouste ! Les mamies à l’hospice, les bébés à la crèche, les voitures en panne, les marchands aux champs, les trains en grève, les semelles en crêpe, les téléphones éteints, les enfants dans les classes, les bars au fond des bois, les discothèques au désert, les villes à la campagne.

            Fuyant le vacarme, j’installai mon lit entre deux tombeaux du vaste cimetière central. Je goûtai le silence des trépassés, la quiétude du chrysanthème qui s’épanouit sans bruit, le calme impérieux du granit nocturne ; quand à l’aube, couverte de feuilles pourpres et de rosée, je fus éveillée par le long sifflement du merle moqueur.

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