Cadorzy va-t-au front

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

 chauss (3)Un jour, tandis que le printemps pointait déjà ses bougeons enfiévrés aux rameaux bucoliques, Cadorzy, par la seule puissance de son verbe, déclencha une guerre. Une vraie, une poilue. Trompettes et fifrelins, grosses caisses et canons médiatiques tonnèrent à l'unisson et les chroniqueurs autrefois goguenards firent de honteuses et émouvantes palinodies. L'auguste Grand Mogol chantait le devoir, l'honneur, le courage, l'héroïsme grandiose du petit pays et le petit peuple l'écoutait. Soudain, il découvrait son Grand Mogol sublimé par l'Histoire, d'un œil mouillé d'orgueil. On vit par les villes et les riantes campagnes se redresser les échines cocardières comme les mentons. Le petit pays, fier comme un coq, allait saisir aux couilles le dictateur sanguinaire dont il avait eu l'honneur de lécher l'arrière-train quatre ans plus tôt, et le pendre avec ses tripes pour l'amour de l'humanité. Pas de merci.

      Alors, des avions rutilants rayèrent les écrans des lanternes magiques. Des experts, galonnés ou civils, plastronnèrent à l'envi sur les ondes. Dans les eaux bouillonnantes de la Méditerranée, un très gros navire gris perle mit son moteur nucléaire à chauffer. Là-bas, le dictateur sanguinaire tremblait sous sa tente avec ses chameaux. Car, partout sur le globe, sauf en quelques sous-continents de seconde zone dont les peuples assemblés ne constituaient que les trois quarts de la population mondiale, les états civilisés se joignaient à l'élan guerrier et glorieux du Grand Mogol tricolore. Cadorzy avait mis le monde à ses pieds.

        Mais le monde n'était pas au courant et vaquait à son business as usual tout en guettant les cours du pétrole et les discours du Grand Sultan par-delà l'Océan, qui seul semblait compter à ses yeux ; le monde laissait le Grand Mogol se battre tout seul dans le désert contre le dictateur aux chameaux. Qu'importait aux habitants du petit pays! Inaptes par tradition au maniement des langues étrangères, les sujets du Grand Mogol ne s'intéressaient qu'aux gazetiers locaux tout dévoués à la gloire de Super-Cadorzy. Ils regardaient, émerveillés, les images du soir. Ils voyaient flotter au loin le drapeau national brandi par des hommes qui ressemblaient étrangement aux pauvres hères qu'ils s'attachaient à expulser par charter de leur petit pays qui ne pouvait accueillir toute la misère du monde. C'est ainsi que le petit peuple retrouva sa superbe au moment même où il croyait avoir touché le fond de l'humiliation, et que le Grand Mogol se prit à rêver à sa prochaine réélection.

           Les braves gens du petit pays ne s'inquiétaient pas trop de savoir ni sur quoi ni sur qui tombaient leurs bombes chirurgicales et leurs missiles bistouris. Ils ne se demandaient pas vraiment combien de temps dureraient les opérations. Ils étaient les plus forts, les meilleurs et, des salons cossus jusqu'au fond des bars, on entendit s'élever la pénétrante clameur du célèbre chant patriotique : Hourra, cornes-au-cul...

 

21 mars 2011

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Philippe 23/03/2011 00:26


Plus puissante que la foudre, plus légère que le vent; -mais quelle était son arme... Une plume ! (V.Hugo)

Coucou J.K et grand bravo: -absolument superbes ces fort rafraichissantes aventures de Cadorzy; j'adore !

Toujours très prolifique, et avec quel talent... Tu me scotches !

N'ayant pu te mettre ce post hier soir (?), j'en parlais avec Delphine ce midi (nous avons déjeuné et siesté au jardin), tu mériterais vraiment de vivre de ta plume; mais évidemment dans un monde à
l'envers, etc...

Bien plus modestement, j'ai produit çà sur la brûlante actu: http://www.alterinfo.net/Seisme-tsunami-feu-nucleaire-mais-il-y-a-bien-pire-_a56444.html ou dans leur rubrique coups de gueule si le
lien does'nt work !

Sinon, mets-moi un mail, et je t'adresserais une petite satyre dans le même esprit (Les manuscrits du Médiakistan) que j'avais écrite dans le sillage du 11/09.

Bisous, et continue surtout de te faire (et par le fait nous faire) tant plaisir.


juliettekeating.over-blog.com 23/03/2011 06:23



Hello Philippe,


Merci pour tes encouragements. Chacun prend les armes qu'il peut dans ce monde de brutes, et si ça amuse tant mieux!


A bientôt sous les pommiers


JK