Cadorzy et le troublant parfum des miasmes

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

nez.jpg         Le nez en l'air et le cul sur les grèves nationales des littoraux tricolores, les habitants du petit pays, en villégiature, reniflaient une persistante odeur de moisi. Pêche corrompue s'asphyxiant dans les filets remontés des eaux troubles? Cadavres porcins pourrissant sur les doux tapis d'algues vertes? Carnage de maigre poiscaille par les gras requins toujours sur les dents? Pas seulement. Après maintes interrogations sur la source de l'infernale exhalaison, les habitants durent bien l'admettre : le relent faisandé infectant les plages soufflait de l'intérieur. Il y avait quelque chose de pourri au royaume de Cadorzy.

         Les habitants du petit pays tentaient tant bien que mal de s'obstruer les narines, non par de dispendieuses lignes de coke mais par de plus communes rhinites, afin de ne pas gâcher leurs dernières minutes de liberté conditionnée; pourtant à l'heure du pliage des tentes et de la tôle sur les autoroutes surchargées des retours au boulot, la puanteur n'épargnait plus personne. Il aurait fallut aérer, sans doute, mais le mauvais temps interdisait l'inutile ouverture des fenêtres : ça schlinguait partout, impossible d'échapper aux miasmes.

      Ce n'était pas les nombreux crève-la-faim, tendant la main sur les trottoirs des villes, trouvant refuge dans les hôpitaux déjà pleins ; ce n'était pas les prisonniers entassés dans les cellules crasseuses des geôles surpeuplées ; ce n'était pas les exilés, hommes, femmes, enfants, pullulant dans les centres de rétention en flammes avant leur expulsion du petit pays qu'ils avaient cru hospitalier ; ce n'était pas les fous reclus et drogués de force ; ce n'était pas les gamins des pauvres, bouclés tout l'été dans leurs cités-ghettos. Au petit pays du Grand Mogol, la misère, derrière ses murs, savait se faire discrète et gardait ses odeurs pour elle.

          Était-ce alors les grands vizirs, dont les joues rondes et pommadées s'affichaient sur l'écran des lanternes magiques pour rabâcher la leçon de l'indispensable réduction des aides sociales qui ruinaient le pays? Était-ce les grands califes affairistes jamais repus de pouvoir et de fric au mépris des lois et des peuples? Était-ce les seigneurs de guerre sans képi qui envoyaient au loin tuer et se faire tuer des hommes qui n'étaient pas leurs fils? Était-ce les sultans suprêmes, défenseurs illuminés de la vieille race contre les envahisseurs aussi barbares qu'imaginaires? Un peu, tout de même.

         Mais les quelques habitants qui avaient encore de quoi survivre ne comprenaient pas que les miasmes qui les opprimaient émanaient aussi d'eux-même. Car ils avaient, en masse, élu le Grand Mogol comme le père fouettard providentiel qui les sauverait du déclin, et ne firent rien, quand ils découvrirent en Cadorzy le pitoyable rat et dangereux intrigant d'une fable mal écrite.

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