à la porte du palais

Publié le par juliettekeating.over-blog.com

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Le 28 janvier 2011, les sans papiers qui se réunissaient chaque jour à la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration (Palais de la Porte dorée, Paris) ont trouvé les grilles closes, et des CRS devant... au désespoir de ceux qui travaillent à changer le regard sur l'immigration.

        Ouvrez la porte d'une classe. Posez vos affaires sur le bureau. En face, trente visages vous observent. Trente ados calés sur leur chaise. Calmes? Pas toujours. Souriants? Pas toujours. Attentifs? Pas toujours. Mais toujours là, en attente, en demande. Malgré les soirs de doute, vous savez pourquoi vous êtes là, vous aussi, devant eux. Affaire de conviction.

      De ces jeunes, vous ne connaissez pas l'histoire. C'est souvent quand un problème surgit que vous apprenez des bribes du récit familial. Ils ne viennent pas au lycée pour raconter leur vie. Vous ne leur demandez pas s'ils sont français, s'ils sont étrangers. Vous ne leur demandez pas s'ils ont des papiers ou s'ils n'en ont pas. Non que ces questions soient interdites, frappées d'un quelconque tabou. Elles ne se posent tout simplement pas. Ces trente jeunes sont vos élèves, et seule cette évidence vous importe.

      Vous les avez embarqué dans un projet théâtre sur le thème des migrations, de l'exil. Vous avez rencontré la metteure en scène, aussitôt la sympathie est née, vous lui faites confiance. Les enjeux sont importants : un mauvais projet peut mettre à mal toute la classe, un projet réussi la transfigure. Peu à peu, au fil des rencontres et des séances de travail, vous voyez vos élèves changer. Les timides s'affirment, les patauds se dégourdissent, les grandes gueules apprennent à laisser une place aux autres. Le joyeux bazar du début se métamorphose en spectacle où la dignité, la fraternité ne sont pas des notions abstraites auxquelles on ne croit plus vraiment, mais s'incarnent dans la mise en commun des talents, des énergies. Vous avez eu raison de faire confiance à la metteure en scène et à sa compagnie.

      Mais voilà que devant le lieu du spectacle, ex-bâtiment colonial que les personnels s'efforcent à mettre au service des migrants auxquels notre pays doit tant, des policiers sont alignés, filtrent les entrées, les sorties. Les africains que vous aviez côtoyé les jours précédents ne sont plus là. Qu'allez-vous dire à vos élèves? Avec quels mots leur expliquer la situation? Allez-vous, vous aussi, leur demander leurs papiers? En dépit de toutes les justifications que l'on vous donne, vous sentez bien que quelque chose ne va pas, sonne faux.

    Pourtant le spectacle doit avoir lieu, car lui sonne incroyablement juste, qui s'attache à montrer les souffrances et les richesses de l'exil. Vos élèves y mettent ce qu'ils ont de meilleur. Après la représentation, vous les croisez sur le quai du métro :

- Alors, vous êtes fière de nous, Madame?

- Oui.   

 

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